Comment faire chialer les français…

Pas plus tard que ce matin, je voyais défiler les e-pleurs en pagaille sur les internets. Les gens sont tristes… C’est pas très bien d’être triste. Parce que du coup on est moins heureux. Alors dans ma petite tête je me suis demandé comment on pouvait en partant de rien, rendre les gens tout tristounets. Mieux : en partant d’un truc qui les énerve.

Benjamin Lemaire

Je récapitule depuis le commencement du départ.

Prenons un sujet au hasard. Les roms. Tout le monde en parle, globalement personne n’aime ça. C’est des connards qui volent le pain de la bouche à NOS arabes et viennent jusque dans nos bras égorger nos filles et nos compagnes. 93% des français trouvent que les roms s’intègrent mal. Si on ne prend que les majeurs, ça fait 51 millions de personnes (de français, pas de roms). 77% des mêmes français approuvent les actions de Manuel Valls contre les roms. Ça fait 37 millions de français. Ça fait genre 462 Stade de France de gens.

En 2012 on a dégagé de France entre 14 000 (selon le Figaro) et 18 000 (selon les organisateurs) étrangers de France. Soit 38 à 49 par jour. Un quart étant des mineurs, on va dire qu’on dégage chaque jour de France 10 à 12 gamins qu’on renvoit dans leurs pays dans une indifférence globalement générale.

Mais alors tu vas me dire, comment se fait il alors que tous mes copains sur Facebook ils pleurent parce qu’on dégage une rom dont tout le monde s’est branlée pendant 4 ans. T’as bien raison de me poser la question, sinon je pourrais pas écrire. Eh bien la raison est simple, ça s’appelle du story telling. En français, du racontage d’histoire. C’est ce que font les politiques chaque jour, raconter une histoire, et coller un symbole dessus. La personnification ça marche toujours.

Seulement ce n’est pas si simple. Pour que quelqu’un devienne le symbole d’une cause il faut plusieurs choses. Qu’il ait vécu la cause qu’on veut lui faire porter, mais à l’extrême. Qu’il en ait subi les pires conséquences possibles, et qu’il soit dans un cas où on peut mettre en avant qu’il subit le système. Sinon l’histoire n’a aucune intérêt. Ensuite, il faut que la personne soit un enfant ou une femme enceinte. On s’émeut toujours plus pour les femmes enceintes ou les enfants, parce qu’il est important que le spectateur moyen de TF1 puisse se dire : et si c’était ma fille, ma femme etc. Pour finir, il faut que le sujet soit d’actualité ou accroche les gens.

Et là, RESF (Réseau Education Sans Frontière) touche le gros lot : Leonarda. Ce n’est pas la femme de l’ex entraîneur du PSG (c’était moins vendeur, quoi que) mais une gamine qu’on expulse pour être arrivée illégalement. On se fout de savoir comment et pourquoi elle est arrivée. L’idée est simplement de montrer qu’elle est jeune, vaillante, qu’elle a envie de s’intégrer et qu’elle est la victime d’un système qui ira jusqu’à la faire descendre d’un bus scolaire pour la ramener dans son Kosovo natal plein de guerre et de méchants monsieurs. Rachida Dati dira même que c’est un scandale de faire son marché dans les écoles, oubliant l’expulsion pendant l’école d’un petit garçon de 8 ans à Montauban.

Etape suivante : se mettre l’opinion publique dans la poche. Pour ça, il faut que les médias réagissent. RESF envoie des communiqués quasiment toutes les semaines, mais quand ils sentent la bonne affaire, ils appellent et harcèlent jusqu’à obtenir des parutions dans la presse. Une bonne présence sur la réseaux sociaux est un plus. Au premier article paru, la machine est lancée, et quelques jours après les unes arrivent (Métro ce matin dans le cas de Léonarda). Puis il suffit d’attendre. Le mouvement se met en place, la gauche et la droite tombent dans la politique lacrymale et la réaction personnelle. On se dit que c’est mal, que Valls est un connard inhumain et que l’on a un gouvernement de gauche avec une politique de droite, oubliant par la même qu’on ne change pas une loi pour un cas particulier.

C’est ce qu’on appelle du lobbying. Du lobbying moderne : changer la politique en faisant pression avec les médias sur une opinion publique qui ne comprend pas grand chose à ce qu’on lui raconte, à l’image de ses jeunes qui bloquent aujourd’hui leurs lycées pour exprimer leurs mécontentements (à l’appel de la FIDL, de RESF et surtout de la CGT actuellement en négociation avec le gouvernement sur les retraites…). Il y aura toujours des histoires tristes. La vie c’est triste. Et sur 62 millions de français, on trouvera toujours quelqu’un pour qui la loi devient injuste dans certaines circonstances. Mais changer les lois et légiférer sous le coup de l’émotion n’est pas et ne sera jamais une bonne chose, l’époque sarkozyste l’a démontré nombre de fois.

Heureusement d’ici quelques jours, un camp de rom violera une belle jeune fille française ou dérobera le sac d’une vieille niçoise et le vent tournera. Parce que les opinions sont comme la météo. Ca change sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, et parfois comme ça. Sans raison.

7 commentaires

  1. Article écrit à la va-vite, puisque RESF fait le même travail de mois en mois, il n’y a pas de coup médiatique recherché.

    Ce qui a fait le buzz ici c’est pas l’expulsion en soi mais les conditions d’arrestation de cette mineure, dans un bus scolaire.

    Ee storytelling Salmon le décrit bien comme venant d’un pouvoir qui a les moyens de le cadrer par des institutions, pas d’une ONG indépendante.

  2. Ouai enfin on s’en fou de cque fait RESF (pour de vrai), pak’on sait pas trop a quoi ils servent. Je crois que le propos était surtout de démontrer qu’effectivement, on chiale pour tout et rien, que ca soit devant un film, une serie B ou le JT de 20H. C’est plus grave de chialer devant le 20h pake face a l’actu ou a des cas complexe, le bon politicien devrait prendre du recul et bien analyser avant de décider, alors qu’aujourdhui nos politicens vont sur tweeter pour voir les sujets qui font chouiner dans les chaumière et font voter une lois (a peine ecrite, votée a la va vite)en guise de mouchoir.

  3. Tous les jours les lobbyistes pro attaquent les parlementaires directement dans les couloirs des différentes assemblées partout dans le monde pour faire changer les lois. Pas un coup de gueule de ta part. Mais RESF ou la CGT qui finalement n’ont pas essayés de faire passer une loi sur le gaz de schiste ou les primes pour des bagnoles « propres » et autres saloperies quotidiennes, putain tu les loupes pas. C’est une affaire personnelle ?

  4. Concernant la CGT, j’ai entendu dire qu’à chaque fois qu’un magasin ouvre le dimanche sans autorisation et paye l’astreinte, une partie non négligeable de cette astreinte va dans les caisses des syndicates (pourquoi, comment, je n’en sais rien, je ne connais pas ce monde). C’est vrai? Alors la question de l’ouverture du dimanche, c’est surtout pour remplir les caisses des syndicats?

  5. @Démosthène: Ben, sachant que les salariés « libres et conscients » de ces différentes enseignes accusent les syndicats de vouloir empêcher les ouvertures le dimanche, je pense pas que ça leur rapporte grand chose auxdits syndicats. Ou alors ils crachent sur le pognon et ça j’ai du mal à le croire.

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