SEXY GIRLS

L’autre jour, c’était Miss Seine-Maritime. Evidemment, donc, l’autre jour, j’étais présent pour le concours de Miss Seine-Maritime. Sur le papier c’était presque chouette, y aurait de la meuf.

« Miss Normandie, c’est comme quand tu vas chez le boucher, sauf qu’au lieu d’y choisir une entrecôte tu choisis une meuf », j’avais préparé plein de vannes infectes avant-coup, je n’ai même plus envie de les faire, tout ça m’ayant véritablement démoralisé.

Sur une grande estrade postée à quelques mètres d’un hippodrome, donc, les Miss se tiennent droites comme des I. Des i, même, parce qu’il n’y a pas que des mannequins d’un mètre quatre-vingt-dix. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, elles ne sont pas laides. Juste moches. Enfin, pas moches moches, juste moches. Mais j’y reviendrai.

Car je suis un romantique.

D’abord, il y a le type qui teste le micro. Il arbore un jean blanc et une crête de blondinet impeccable. Des lunettes de soleil blanches, un sourire Freedent et donne l’impression d’être « l’homme qui peut te faire rentrer dans le métier tu sais. »

PASSONS LES DETAILS, C’EST PAS TROP LE MOMENT.

Arrive la speakerine. Jolie, branchée, elle parvient facilement à faire abstraction du public, sûrement habituée à s’adresser à des papis langues-qui-pendent et des jeunes cons qui se moqueront et écriront des conneries sur internet ensuite. Je ne suis pas con.

Elles arrivent, elles sont belles, elles ont les jambes qui tremblent et des numéros dans les mains. Elles défilent sous les sifflets amoureux d’un public pervers conquis puis viennent se présenter.

« J’aime notre belle Normandie », c’est le leitmotiv. « J’ai été faite membre de la confrérie d’un produit local », c’est Miss Camembert la numéro 1, comprends-je vite. « Je vous souhaite zune bonne journée », à celle-ci on avait demandé d’accentuer les liaisons, et puisqu’elle est sincère, elle s’adresse zau pluriel. Toutes sont en école de commerce, en gros, et mon opinion sur ces établissements de s’affirmer. Je ne me moque pas, je subis la connerie humaine. Les papis ont le sourire au lèvre et les mamis rêvent de petits-enfants comme ça, de Barbies for real.

Je suis pris le cul entre deux chaises, l’envie de me moquer d’un côté et la gêne d’en rire d’un autre. Pas envie d’applaudir ni même de commenter quoi que ce soit. On annonce le défilé en maillots de bains dans quinze minutes. Pourquoi pas…

« Le défilé en maillots de bain ne devait pas se faire, cette année, mais les filles le voulaient vraiment. Remercions-les et accueillons-les. »

Putain ce que c’est gênant… Elles sont plantées sur l’estrade en maillots une pièce et on accueille Geneviève de Fontenay qui dansote sur une musique à la con, affirmant que cette année, le niveau est là. Je rêve qu’une des candidates se barre. Ca la rendrait moins conne, moins moche.

CAR SI LE PROVERBE DIT QUE LES MOCHES SONT CONNES, LA RECIPROQUE MARCHE AUSSI ET NIQUE UN PEU TOUT LEDIT PROVERBE JE-ME-COMPRENDS.

Qu’est-ce qu’elles sont moches… Moi des jolies filles j’en connais. Miss France, elle parlerait littérature. En jean tee-shirt. Elle ne serait pas de celles qu’on remarque forcément dans la rue, sa beauté serait bien plus pernicieuse. Et elle enverrait bouler tout le monde lorsqu’on lui demanderait d’arborer un maillot de bain pourrave devant de vieux pervers relégués au rang d’amoureux exclusif du physique. MA miss France ne pourrait jamais gagner ce genre de concours. Je pense soudain au salon de l’agriculture et puis à Jacques Chirac. J’ai soudainement faim de pomme, mais on s’en fout.

Mon après-midi m’évoque également une scène de L’Apollonide de Bertrand Bonello, présenté en compétition officielle cette année à Cannes (clairement LE film du festival). Le film se passe dans une maison close il y a longtemps, et les clients y sont des riches intellectuels-créateurs à la recherche de la beauté physique, la façonnant, la sculptant. Ils n’y aiment pas les filles comme elles sont, mais leur font jouer des rôles, en quête de perfection physique. On les déteste et on plaint ces pauvres filles. L’un des clients, jugeant qu’une des prostituées ne sourit pas assez, lui coupe les joues et lui agrandit la bouche. La scène est affreuse mais le client jubile. Il a pris le contrôle, il a créé SON beau. Geneviève doit jubiler pareil, me dis-je. Et de la haïr, d’un coup d’un seul. Jamais je ne voterai Laguillier, pour la peine.

Le numéro 9 a gagné. Elle a l’air contente, elle sourit et défile encore et encore au bras de tout l’hippodrome, sourire forcé, cul qui dandine, démarche assumée. L’écharpe de miss, elle l’a gagnée. Miss Seine-Maritime. Miss Seine-Maritime ! Miss Seine-Maritime…

C’était moche. Putain ce que c’était moche. Elle est moche. Putain ce qu’elle est moche.

Moi, le BEAU, je connais.

3 commentaires

  1. J’avoue que cet article me fait bien marrer…malgré l’utilisation intempestive du mot putain…trop con de dire ça vu que je l’emploie sans cesse…en fait, ça aurait été trop cool de mettre « putain » au tout début aussi 😉 …

  2. Mouais. TA miss France tu voudrais pas plutôt te la garder rien que pour tes petites mains de littéraire que de la refiler à celle du prolo qui manipule des clés de 16 à longueur de journée?

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