Le mot en M.

Il y a un mot qui mérite de trôner au panthéon des mots les plus usités de la langue de Molière, mais qui de par sa propriété scatologique est mis au ban par toutes les mamans, et autres censeurs bien-pensants, c’est le mot « merde » bien sûr.

Merde, mot ô combien important que celui-ci. Démocratisé par ce génie de Cambronne qui a permis à plusieurs générations de nos compatriotes francophones d’exprimer leur mécontentement par ce mot exutoire, ce « merde » lancé en réponse au général anglais à sa demande de capitulation, ce merde héroïque, regonfla la fierté du français qui désormais en rajoute des tonnes pour t’envoyer chier, en l’occurrence, « je t’emmerde ».

Et oui, la langue française étant une langue vivante, elle évolue. Ce mot qui mérite au minimum un mausolée de par sa fonction libératrice, aujourd’hui, est en danger. Oui, en danger, il y a une monopolisation grandissante du « fait chier » et de son dérivé grandement présent chez nos jeunes générations, « putain, fait chier ». Cousin bien moins méritoire, exutoire certes, mais, dans le négatif, le « fait chier » est un perdant. Il ne sert qu’à exprimer son désarroi, on est désarmé, c’est juste un constat « fais chier » et c’est tout ! Ce perfide « fais chier » fait plonger dans l’oubli notre tant aimé « merde » qui perd chaque jours un peu plus de sa fonction de rébellion, pour n’avoir qu’une utilité d’expression de l’échec, « merde j’y arrive pas » ou « merde, ça fait chier » ou encore pour les plus littéraires d’entre nous « putain, ça fait chier, merde ». Il faut remettre le « merde » au goût du jour (appétissant je sais), renouez avec « merde », dites « merde » plus souvent aux gens qui vous gonflent. Regardez, l’importance dans le milieu professionnel, sommes-nous tous devenus des moutons ? Est-ce que par cupidité et ambition personnelle, nous n’avons pas abandonné le « merde », jeté à la face des chefs ou des patrons lors des tentatives d’abus de pouvoir ? « Merde » est victime de la crise lui aussi, et ça, ça fait chier.

Ce mot de plusieurs siècles, ce mot qui a bravé tant de guerres et de révolutions. Ce mot si important qu’il a même gagné le statut de verbe, je merde, tu merdes, il merde, nous merdons, vous merdez, ils merdent, verbe positif une fois de plus, car grâce à ce verbe constat, nous permet de rebondir. « Je merde en ce moment », c’est déjà un pas en avant, le début de la réconciliation de soi.

Il n’est pas question ici de foutre la merde, ni de vous faire adhérer à l’association des grands déféqueurs de France, juste un hommage à « merde » qui presque mille ans plus tard ( rien n’est sûr par rapport à son origine mais on atteste le mot merde pour la première fois en 1179 dans le roman de Renart, issu du latin merda, « fiente, excrément » (source : wiktionnaire)), reste le vengeur ultime, l’arme imparable, le roi des gros mots, alors, pensez-y la prochaine fois qu’on vous gonfle, gardez votre calme, remplissez vos poumons, écartez les épaules, et la tête bien haute, exprimez un « merde » profond, sincère, affirmé et libérateur.

3 commentaires

  1. Oh ça va, décompresse un peu ! Je me fais plaisir du mieux que je peux, c’est un moyen d’expression qui me fait du bien. Excuse mes erreurs, je fais des efforts en plus je t’assure.

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