Ne laissez pas votre numéro, on vous rappelle.

Je sais pas vous, mais moi, dès qu’on me dit « je te/vous rappelle » (c’est selon le niveau d’intimité, qui peut aller de parfait inconnu à super-extra-amour de ma vie)  au téléphone, je rentre dans un état de nerfs épouvantable.

Ça me stresse encore plus que de voir un cafard déambuler nonchalamment dans mon évier quand il n’y a pas d’homme à portée de main pour l’éclater à la savate, ou d’entendre à la radio l’annonce de la fin du monde pour 2012 à exactement 15h32 (en fait non, ça, ça me met plutôt de bonne humeur, je pense immédiatement à tous les cons que je ne supporte pas qui vont crever. Bon, moi aussi, mais je suis prête au sacrifice en échange de leur éradication définitive).

Ça a commencé très jeune. Considérant que j’étais une enfant maltraitée, élevée au céleri-rave mayonnaise et aux robes à smocks, j’avais dès mes deux ans appelé les services sociaux (comment ça c’est pas crédible ?) et je leur avais raconté par le menu la longue liste des tortures parentales qui m’étaient infligées, et qui comprenaient également, outre la maltraitance culinaire et vestimentaire,  l’insoutenable propension qu’ils avaient à me prendre pour une conne en me racontant des fables  pitoyables comme quoi le Père Noël et la petite souris étaient chargés de me fournir en Barbie et en menue monnaie.

N’importe quoi !

On m’avait écoutée, et puis l’assistante sociale de garde m’avait dit : « T’inquiètes pas mon petit chou, on envoie une équipe de sauveteurs tout de suite. Ah ben non, attends, ils sont sur une histoire de gosse que ses parents obligent à se doucher et à se brosser les dents. On te rappelle ».

J’attends toujours.

Après, il y a eu cette sombre histoire de mari. Je racontais à ma copine au téléphone que franchement, je le trouvais bizarre ces derniers temps. Pas trop dans son assiette. Qu’est-ce qu’elle en pensait ? Eh bien, elle n’en pensait strictement rien du tout, et puis elle avait du lait sur le feu, alors « Je te rappelle ma chérie ». Mais bon, après cette conversation, non seulement elle ne m’a JAMAIS rappelé, mais en plus elle avait pas du tout du lait sur le feu, parce qu’elle est allergique au lactose.

Et deux mois plus tard, mon mari s’est barré avec elle, et j’ai comme l’impression que ça doit être pour ça qu’elle m’évitait. Mais là, j’étais quand même bien contente qu’elle le prenne, parce qu’il ronflait, et j’ai horreur des gens qui ronflent.

J’ai aussi acheté un four. Parce que j’avais envie de me faire une galette des Rois. Après quelques années d’infructueuses tentatives, je n’avais pas encore vraiment réussi à tout comprendre dans la délicate alchimie qui sous-tend à la réussite de la frangipane, mais j’y travaillais intensément quand mon four décida de prendre sa retraite. Un an après, je ne l’avais toujours pas remplacé. D’abord parce que je suis très feignante et surtout parce que l’idée de me taper la visite de tous les magasins d’électroménager de la ville me parait aussi réjouissante que d’aller passer mes vacances à Oulan-Bator ( Google : Mongolie Intérieure).

Et puis, comme j’ai un karma plutôt sympa, ma copine de bureau qui déménageait a décidé de vendre le sien. Super, je suis preneuse. Donc on a décidé de faire comme ça : elle déménage, son déménageur russe m’amène le four à la fin de la journée. Bon ça, c’était il y a deux bons mois.

Tous les 3 jours, il me téléphone, et il me dit : « Je t’amène le four demain, je te rappelle ». On se connaît pas du tout mais il me tutoie. Quoique là, on commence à être vachement potes a se parler tout le temps, alors bon, je lui permets de me tutoyer. J’ai pas de four, mais j’ai un copain russe qui devrait m’amener un four dans le courant de 2015 et qui me rappelle. Promis. L’idée que ça puisse arriver un jour me ravit intensément. Je vis dans l’attente, je fantasme sur toutes les galettes des Rois que je vais pouvoir rater grâce à mon four. A mon avis il l’a revendu pour envoyer des sous à sa grand-mère en Tchétchénie et il se paye ma tête. Mais enfin bon, il me rappelle.

Et puis le dernier en date, c’est le nouveau mec. C’est toujours un peu délicat quand ils sont nouveaux, on connaît pas encore bien le mode de fonctionnement. On appelle en craignant que c’est justement à ce moment-là qu’il a du shampoing sur la tête, ou qu’il est en train de se disputer avec son ex sur le pas de la porte pour fixer à quelle heure il lui ramène les gosses, ou alors encore il fait ses abdos. Composer le numéro s’apparente un peu à un sport extrême, il faut mettre son casque et prendre ses vitamines en espérant que ça va pas être le gros ratage gosses + shampoing + abdos en simultané.

Mais bon, là ça passe, ça répond à la 3ème sonnerie, j’entends pas de bruit de bulles de shampoing en bande sonore, on papote deux minutes, je sens qu’il va proposer le prochain rendez-vous quand soudain il lâche : « Euh j’ai un truc à finir, je te rappelle ».

Aaaaaahhhh !!! Hypocrite, je dis : « Bien sûr, no problemo ». Et, attaquée par tous mes souvenirs de non-rappellages téléphoniques, je rentre dans une transe traumatique avec de vrais morceaux de panique à l’intérieur. Il se fout de ma gueule c’est évident ! Le truc qu’il a à finir, c’est pas sa voisine de palier par hasard ? Et voila, tous les mêmes ! Je suis une pauvre petite victime, on me raconte n’importe quoi ! S’il a trouvé mieux, il a qu’à me le dire ce connard libidineux et priapique !

J’en suis là de mes réflexions vachement zen quand le téléphone sonne.

« Allô ma puce…Ben c’était juste le livreur de pizza qui a sonné pendant qu’on parlait, il fallait que j’aille chercher le fric à l’étage. J’ai pris fromage-champignon, tu viens manger ? ».

4 commentaires

  1. Ceux qui trompent aussi d’ailleurs, c’est du a un truc dans l’inconscient lie a leur Oedipe mal resolu. Qu’est-ce que je peux etre mesquine parfois!
    :-)

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