Demain. Peut-être.

ta2

Je fume une clope sur mon balcon et je n’entends que le ronronnement rassurant de la batterie de la climatisation. Dix secondes. Puis, les raids aériens reprennent et je me fais la réflexion que je n’avais jamais vu un hélicoptère en vrai.

Je n’ai pas choisi Tel Aviv. Elle ne m’a pas choisi, non plus. La vie est ce qu’elle est, des choses arrivent. C’est ainsi que je me suis installée, il y a plus d’un an, en Israël.

Tel Aviv, la ville blanche, l’intouchable, la Bulle – Ha Buah – en hébreu dans le texte, celle qui ne dort jamais, l’Ibiza du Moyen-Orient,  ma ville d’adoption, celle qui me fait vibrer, bander, mouiller, qui ne me déçoit jamais, qui abrite 1000 nationalités, mon cocon.

Elle m’a révélée. J’ai enfin connu le bonheur de la sécurité permanente. Avant. Chaque histoire d’amour a son côté sombre, sa face cachée, révélée entre les quatre murs de son appartement. C’est comme se marier avec un homme violent, on sait que ça peut arriver.

7ème jour de guerre, on l’appelle Bordure Protectrice.

Rien, en France, ne prépare à une guerre. Jamais.

Ni aux alertes, ni aux abris, ni aux bruits d’explosions. Jamais.

Rien, non plus, ne prépare aux sentiments. L’empathie, la peur, la tristesse. Savoir que des gens vivent dans la crainte, que des civils meurent, que des enfants pleurent.

Ni aux battements de ton coeur, ni à l’adrénaline dans ton corps, ni à la peur, la crainte, la fatigue de ne dormir que d’un oeil.

Je ne suis ni à Gaza, ni à Sderot, ni à Ashdod.

Je ne suis qu’une meuf de Tel Aviv. La ville que personne ne touche jamais. Du moins, pas autant depuis 1948. La bulle est brisée. Mon havre de paix a été attaqué. Et tout ce que je croyais savoir aussi.

Je ne suis ni un martyr, ni un héros, encore moins un porte-parole. Je ne veux que récupérer ma vie, ma ville, jadis tourbillonnante, qui se meurt sous la peur. Les tel-aviviens n’ont pas l’habitude d’être attaqués. La plage s’est vidée, sauf les irréductibles touristes qui amortissent leur billet d’avion à 500 euros. Le boulevard Rotschild voit ses cafés désertés. Sauf ce soir, c’est le 14 juillet. Les français ont décidés de célébrer mais la fête ne bat pas son plein. On danse mais on sait que l’on est à découvert. En cas de.

Je regarde celle que j’étais il y a un an. Futile et superficielle. Qui était-elle ? Moi ? Allons donc.

Je ne veux plus avoir peur d’une moto qui vrombit. Et, entre nous, je veux juste dormir.

Malgré tout, je souris, c’est tout ce qu’il me reste. Mettre une belle robe, un rouge à lèvres rouge. Vivre. Continuer ce que je fais de mieux. Vivre et rire. Faire des vannes malgré l’Opération, voir mes amis, les appeler encore plus, rassurer mes proches en France, garder le moral.

Nous sommes au 7ème jour de la guerre.

Alors même que j’écris ces mots, je reviens d’un abri. J’ai appris à mettre une sensation sur le mot terrorisme. Le son est glaçant. Tout est devenu glaçant sauf le bruit rassurant de la climatisation. Aujourd’hui, j’aimerais  poser ma tête sur des genoux et entendre que tout ira bien. Déconnecter mon cerveau.

Au début de cet article, l’Egypte proposait un cessez-le-feu. Maintenant que je le finis, il y a quelques minutes, j’apprends que le Hamas le rejette. Alors que nous ne rêvons que de la paix. Tous.

Demain. Peut-être.

6 commentaires

  1. On est un peu loin du guide de la baise, mais putain c’est du lourd. Je crois pas qu’on puisse comprendre réellement sans l’avoir vécu mais t’arrives à faire passer un sentiment de malaise persistant, comme un acouphène après la détonation. perso, je trouve ça très fort.

  2. Je ne peux qu’être d’accord avec Oi. Des faux airs de peur, de tristesse et d’anxiété et comme on en a l’habitude, de la victimisation, encore,toujours. Et si on essayait de se mettre à la place de l’autre en face ? La fille palestinienne qui elle n’a pas jamais eu la chance de voir ou de vivre autre chose que la guerre ? Qui ne sait pas quand elle aura accès à l’eau et à l’electricité ?
    Alors tu vois avec le bruit de ta clim qui te fait sursauter, on s’en fout un peu, tu reviendras pour nous soutirer des larmes.

  3. A Oi et BigMac, vous écrivez tout simplement sans savoir ce qu’est le terrorisme. Ce que chaque civil veut est la PAIX, pour eux et un Etat pour les palestiniens! Malheureusement le hamas ne l’entend pas de cette façon. Les palestiniens sont pris au piège par le hamas.

  4. A chaglam, tu ecris tout simplement sans savoir ce qu’est la colonisation sauvage et contraire a tout droit international. Si cette colonisation n’avait pas lieu, le hamas n’existerait meme pas. Tu as donc tout faux au jeu de  »qui a commence ». Si l’attitude imperialiste et supremaciste d’Israel n’existait pas, les Palestiniens n’aurait pas besoin de resister par ce que tu nommes  »terrorisme ».

  5. A quelques jours près, alors que vous écriviez ces quelques lignes, j’étais en Cisjordanie. Le premier jour, lors d’une manifestation pacifique, un mort et une centaine de blessés, tout simplement, car l’armée coloniale n’y va jamais de main morte… J’ai vu et subi chaque jour l’occupation et les humiliations de soldats à peine sortis de la puberté. Alors je m’interroge : depuis votre balcon, qu’attendez-vous pour défendre ce droit à un peuple occupé de « vivre et rire » lui aussi ?

    Rentré en Europe, je tombe sur votre texte, aussi léger que pleurnichard. Et je lis : « Mettre une belle robe, un rouge à lèvres rouge… » Je vous assure que de rouge on ne manque pas quand on se donne la peine de passer le(s) mur(s) pour aller voir ce qui se cache sous un prétendu droit de se défendre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>