Laissez les fumeurs mourir en paix

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“Je finis ce paquet et après j’arrête, mais je l’ai payé 8.40 CHF (7 euros) faut que j’le finisse quand même tu vois.”

Oui oui. Et après tu diras quoi ? “J’ai pile 8.40.- c’est pas un signe qu’il faut que je les dépense en paquet de clopes ?”

C’est arrivé comme ça, à force de voir les autres fumer. Ce truc est dégueulasse, le goudron te bouffe les poumons, la nicotine te fait tourner la tête, tu tousses lors des premières lattes de ton existence, y a marqué que c’est mortel sur le paquet, mais comme c’est une mort à rebours, bah on est cool. Parce que voilà, parce que ça fait du bien. “De quoi ? de fumer ou de faire comme tes amis ?” “J’sais pas, tu m’emmerdes avec tes questions.”

“J’avais commencé à fumer”

“Pourquoi ?”

“Parce que j’en avais besoin.”

“Comment tu peux avoir besoin d’un truc que tu connais pas ?”

Commencer la cigarette c’est commencer à rendre des comptes aux gens. Soudainement, une conscience de héros les interpelle, il faut faire quelque chose, cette personne est en train de mourir à petit feu à coup de briquet, armes disponible : faire la morale : 30 points d’énervement, lui retirer le paquet : 100 points d’énervement, insulter sa mère : 110 points d’énervement avec un malus physique à prévoir. Tout en même temps ?

“Espèce d’enfant du Pas-de-Calais, je te confisque le paquet, et puis ta mère elle a baisé une chèvre et t’es né ? C’est très mauvais pour la santé de fumer.”

Ils vous demandent une raison légitime de commencer, mais c’est gagné d’avance pour eux. Ils sont en god mod sur ce coup-là.

Et puis il y a ces connards qui vous regardent de haut parce que

“Moi j’essaierai pas, je l’ai promis à mes parents”

“Ok cool”

“Parce que moi j’veux pas avoir un cancer tu vois”

“D’acc”

“Parce que je veux pas crever à 30 ans”

“Fais-toi un kiff, crève plus tôt, non ?”

Vous savez ce qui m’énerve le plus ? Je vais vous en parler pour que ça se finisse en manifeste, que je devienne connue. Que j’ai enfin ma propre marque de jeans pour homme, je veux que les mecs portent mon nom sur leurs fesses. Alors voilà : Les gens en couple qui empêchent leur partenaire de fumer/boire. C’est une formule menu McDo : si vous prenez le sandwich, vous devez prendre des frites avec, bah là c’est pareil, la mention “en couple” offre soudainement le doux privilège d’interdir certaines choses, comme ça, à la bien. La vérité c’est que tu m’interdis des choses pour faire asseoir ton pouvoir de personne à l’égo surdimensionné. Par conséquent, la seule bouffée d’air pure que tu tiens tellement à ce que je respire, ça sera celle que j’aurais quand je te remplacerai par mieux, penses-y.

Non mais franchement.

8.40.- de fumée chaude qui se prélasse doucement dans votre gorge, fout le bordel dans vos cellules en leur disant “allez, vas-y, fais-en une autre comme toi. Une autre cellule, allez, c’est marrant tu vas voir, mitose. M-I-T-O-S-E. C’est GENIAL, JE VAIS TE TELOPHASER LA GUEULE REP A SA” La vérité c’est que nos cellules sont influençables. Si elles étaient matures elles répondrait au tac-o-tac “nope, tu m’parles de mitoses, mais c’est qu’des mythos nigga” et elles s’en iraient en leur lançant la cavalerie lymphocytaire à la poursuite des vilains agents cancérigènes. Mais la maturité de nos cellules signeraient la fin de vie de l’industrie pharmaceutique, donc bon.

Je veux souffler la fumée en levant la tête vers le ciel, les lèvres à peine entrouvertes, laisser une marque de rouge à lèvre sur le filtre blanc des Malboro Light, parler à des inconnus, “Tu as un briquet ? Oui, tu fais quoi dans la vie toi ? Tu t’appelles comment ? T’es de droite ? Tu penses quoi du surimi ?” “Mais tout est faux dans le surimi. Le surimi, c’est l’implant mammaire gastronomique”. La cigarette vous donne le droit de vous poster dehors seul et de pas avoir l’air con. La cigarette vous tue en même temps qu’elle ne tue certains codes sociaux. La cigarette, c’est le mal avantageux, l’opinel sympa, l’entremetteur criminel.

Mais tout ne vient pas d’un seul coup. Il y a plusieurs phase dans l’enrôlement. La phase 1 c’est la curiosité, bien évidemment.

La phase 2 c’est le déni. J’arrête. C’est mon dernier paquet. Ouais j’en suis à mon 3ème dernier paquet. Mais c’est bon là. J’ai recommencé le sport, je manque de souffle.

La phase 3 c’est l’acceptation. L’acceptation de votre faiblesse. L’acceptation de lâcher 8.40.- et d’envisager d’acheter des billets d’avions pour avoir accès aux cartouches sans taxes. Ça vole pas haut, c’est le cas de le dire. Et puis je fume quoi moi ? Les Malboro light, bonnes mais tellement classiques ? Les Winston, fortes, pas très bonnes, mais plutôt classes ? Les Parisiennes, légères, moins chères, mais ça fait un peu faible. Les Lucky Strike ? Fortes, mais stylées, paraît que si tu fumes pas le logo “Luckies” tu as du bol.

Je sais pas si on choisit vraiment notre marque de clopes. Ca a plutôt l’air d’être franchement le contraire. Et puis c’est quoi cette manie de ne fumer qu’une seule et même marque ? T’as l’impression de les tromper ou quoi ?

4 commentaires

  1. Que ceux qui veulent commencer commencent : soit (même si c’est complètement con) !
    Que ceux qui sont déjà dépendant ne veulent pas s’arrêter : soit !

    Mais sachez que les taxes ne couvrent pas les soins d’oncologie et les soins palliatifs, si vous voulez crever, tôt ou tard mais volontairement en fumant vos maladies, assurez-vous d’en avoir les moyens au lieu de ruiner les honnêtes contribuables …

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