J’a voté

Par • 23 avr, 2012 • Catégorie: Connards ordinaires, en une, Politicon

Je n’étais pas serein, à l’approche du bureau de vote. J’avais envie de pisser. Je votais dans une école maternelle, les urinoirs étaient bien bas, j’avais l’air bien con. A côté de moi il y avait un autre mec, qui avait aussi l’air bien con, mais était concentré pour ne pas en foutre à côté. Et voilà putain mes chaussures.

A l’entrée, je ne savais toujours pas pour qui j’allais voter, mais j’étais d’ores et déjà soulagé, rapport au pipi. Une queue immense. Je parle du bureau de vote. Les gens s’étaient déplacés, croyaient en la démocratie, étaient de putains de bons citoyens. Mais il était tôt, je n’avais pas petit-déjeûné, paramètre important, mais qui n’aura aucun intérêt dans le récit qui suit.

Isoloir, des papiers devant moi, vote par élimination comme ils disent à Koh Lanta. J’hésite à mettre le bulletin Cheminade dans l’enveloppe, curieux comme tout de visiter Mars, mais reprends in extremis raison.

- A voté

- JE SUIS UN BON CITOYEN

- Tout à fait, voulez-vous venir dépouiller ?

- CARREMENT, JE SUIS UN BON CITOYEN

- Pas la peine de parler en majuscules.

- OK.

Le dépouillement, c’est chouette, parce qu’il y a des sandwiches. Je presse la journée de boulot pour y arriver à l’heure. Il est 18 h, le bureau de vote ferme et je me mets au boulot.

Nous sommes placés par tables de 4 et j’écope comme coéquipières de trois mémés très pros, habituées, impatientes comme tout. A ma table, en attendant nos enveloppes à dépouiller, on se refait l’historique des élections depuis 1900, elles me demandant à chaque fois si je me rappelle, mais non  j’suis bête vous n’étiez pas né.

L’urne ouverte, les membres de l’organisation s’astreignent à recompter les bulletins et ne sont évidemment jamais d’accord. Ne concordent jamais le compteur de l’urne et le nombre de signatures. Alors ça traîne, puis bon, « tant pis on commence ».

Chacun a un rôle dans la mécanique bien huilée du dépouillement et elles ont déjà décidé du mien. Le rôle à la con, évidemment. Mais alors bien à la con.

Les enveloppes arrivent par paquets de 100 et moi, ben je dois les ouvrir et passer le bulletin à ma voisine d’en face qui se contente de les lire. Je tente de prétexter des trucs, mais sans forum doctissimo à portée de main, je galère à trouver d’autres plausibles excuses que l’arthrose, dont elles peuvent également toutes légitimement se targuer souffrir. C’est bon, je vais les ouvrir vos putains d’enveloppes.

Les deux autres mémés, elles, mettent des bâtons dans les cases. Elles les font vachement vite, les bâtons, c’est qu’elles sont habituées. Et dès qu’elles ont fini, elles me regardent me débattre avec ces PUTAINS D’ENVELOPPES DE MERDE et font du bruit d’impatience avec leur stylo. Elles jaugent les autres tables et se rendent compte du retard qu’on accumule par ma faute.

Je suis le boulet du dépouillement, me fait-on comprendre à coups de regards de braise.

Alors j’accélère la cadence. J’ouvre les enveloppes comme personne et prends de l’avance sur les bâtons. Je tente de planquer les bulletins du FN en accélérant encore, mais ne parviens pas à perdre mes équipières aux aguets. Je ne pourrai pas truquer l’élection. Dommage. 942 votants, et évidemment, à coups d’enveloppe par 100 et de 4 x 4 dépouilleurs, le dernier paquet complet de 100 est pour la première équipe qui a terminé. C’est nous, putain. Mes équipières se pavanent, attisent la jalousie des tables voisines. Je suis un héros mais ça fait chier de rouvrir 100 enveloppes.

Les autres équipes sont autour de notre table, et tout le monde juge désormais ma dextérité. L’arthrose des doigts arrive désormais pour-de-vrai. Je souffre sa mère et on me mange les sandwiches sous le nez.

Une fois terminé, c’est la délivrance. Sandwich crudités & Oasis orange, le bonheur intense. Mes doigts sont engourdis, mais le bonheur est intense, jusqu’à ce qu’on m’annonce que Marine est très haute, aux alentours des 20%. Une personne sur cinq est donc pleine de haine envers les jeunes, les étrangers, le monde entier.

Il fallait donc pour une fois que je vous l’écrive, sérieusement, le temps de deux lignes. Mégaconnard comme pas deux, il n’empêche que je vous aime.

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est un sacré connard. Mais c'est la faute de ses parents. Il écrit plein de textes sur www.cinematraque.com. Vous y êtes les bienvenus.
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Une Réponse »

  1. Rhoooo dis donc tu as été gâté toi, même pas de sandwich chez nous !

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