(…) je t’aime

(...) je t'aime
(…) je t’aime

 

Maintenant, à mon tour de te donner un bon conseil, ma belle, si tu veux bien piger comment je fonctionne, lis attentivement ce qui va suivre. Et si tu te sens fébrile du bulbe, ou légèrement soporifique des mirettes, prends un livre de Guillaume Musso et va t’allonger cinq minutes.

C’est bon tu tiens des deux mains les rennes de tes mirifiques neurones.

Nonobstant la gravité de l’instant qu’on s’apprête à vivre, avec toutes les déclarations qui vont pleuvoir sur mon endroit, on peut tout de même profiter de la description magnifiée du lieu depuis lequel j’écris. Tu trouves que j’en fais trop. Ouais, ben pour une fois que c’est moi qui cause, laisse-moi aller au bout du truc.

Allongé dans une féerie foisonnante de végétaux, la gueule dans un parterre de fleurs, mon gros orteil pédestre indique la direction d’une étroite vallée où les espèces les plus rares de pâquerettes s’étagent en gradins naturels. Éclairé à la lumière de l’astre du jour mon gros bide dépulloté de trop lever les bras pointe vers un ciel jalonné de fins nuages.

Les oiseaux qui me survolent me pensent malade, fatigué et incrédule, comme toi, mais crois-moi ou va te faire porter pâle sur un hélicoptère de secouristes, ce n’est pas du tout le cas.

Je me tiens blotti sur un tapis de mousse et les vibrations sonores du vent portant les murmures de la vie, m’apaisent. Je perçois des gloussements, des chuchotements gonflés comme des bourrasques de foehn.

L’endroit est idéal pour s’introspectionner le citron, et puis quand un os me tombe sur le coin de la gueule, je suis pas du genre à me morfondre comme neige au soleil. J’applique une poche de glace sur la plaie et je file rapporter le segment enchondral à la grande galerie de l’évolution dans la section nos amis les dinosaures.

Alors malgré ta mine renfrognée, tes lèvres boudeuses, et les méchancetés que tu me balances à longueur d’échange, j’ai décidé de te répondre. Je suis rouscailleur, soit, mais pas mauvais canasson et si le ton employé dans cette missive à tête chercheuse te parait un brin inapproprié, tu pourras toujours rajouter à la longue liste de mes défauts celui d’être malpoli. Surtout n’en conclue pas que je sombre dans une démence tellement précoce qu’elle en serait juvénile, non, c’est juste que je suis triste. Très triste. Le cœur titillé par la peine comme un nez enrhumé par les doigts de son propriétaire, j’écris ces quelques lignes.

Putain, bien sûr que j’ai les défauts plus gros que le ventre même que j’en ai tellement trop plein que je sais plus quoi en foutre. Mais j’ai beau pleurer et hurler que dorénavrant je serais moins navrant, mes tares sont intraitables, les connasses. Elles me collent à l’épiderme comme un morbaque à son poil résidentiel.

Tu voudrais que je montre plus franchement ce que je ressens, que j’insulte l’univers tout entier quand il faut le faire, les beaux gosses, les gens brillants, les ternes et tous les connards qui me marchent sur les pieds.

Tu voudrais que je fracasse une certaine idée de Dieu qui se ballade en moi depuis l’enfance et qui m’empêche de grandir.

Tu voudrais que je pige réellement que de répondre par l’affirmative à toutes les requêtes pour ne froisser personne est un truc de connard. Qu’à force de projeter une image tellement éloignée de ce que je suis vraiment, je me suis perdu moi-même.

La dernière fois qu’on s’est vu, et que tu as pivoté sur toi-même pour t’arrêter devant moi, figé dans ton envol, tu m’as gratifié d’une expression de désespérance absolue. De la désespérance non seulement pour les nombreuses, très nombreuses conneries dont j’avais fait étalage jusque-là, mais, dans la mesure ou je suis l’homme que je suis, de la désespérance aussi pour toutes celles dont j’allais inévitablement me rendre coupable dans le futur. C’était une expression de désespérance surnaturelle. À ce moment-là, même en vivant cent cinquante ans de plus, je n’arrivais pas à imaginer cumuler assez de conneries pour mériter pareille désespérance.

En vérité, je pense que tu surestimes mes incapacités émotionnelles. Je suis malade des sentiments, on est d’accord sur cette putain de tare, mais pas au point que tu penses. D’ailleurs si t’étais en face de moi, je t’aurais pris dans les bras en disant ce que j’ai sur le cœur depuis un bail : je t’aime.

21 commentaires

  1. J’ai trouvé ça lourd à lire , les tournures de phrases .. les mélange des registres de langue , maladroit mais honorable . le message est passé au moins

  2. Lourd? Maladroit? C’est parfaitement torché. Pas un accroc. ça glisse, c’est vivant, créatif, sensible et quelquefois enlevé et surtout pas mièvre comme le sont la majorité des lettres d’amour.
    Donnez-moi trois noms d’auteurs que vous lisez régulièrement ella?

  3. Ella, je crois que c’est volontairement lourd et maladroit.
    A moins qu’à force de vouloir absolument être pompeux, l’auteur ait perdu le fil.

    Au contraire des premiers commentaires, je trouve le style et le mélange des genres assez indigestes bien que les deux derniers paragraphes remontent sensiblement le niveau du billet.

  4. @Ella : ça paraît lourd mais je pense que ça montre à quel point c’est dur de se lancer et de dire un truc pareil (tiens, je n’arrive même pas à l’écrire). Très beau post !

  5. Tiens montrez voir un peu ce qui relève, pour vous, d’une maladresse et d’une lourdeur, volontaire ou involontaire. Citez des passages, des phrases et remettez-les d’aplomb, qu’on voit ce que vous avez un peu dans le ventre.
    Par ailleurs puisque vous êtes réticents, donnez-vous le nom des auteurs que vous lisez le plus régulièrement, qu’on mesure vos compétences…

  6. On peut être définitivement rassuré lorsqu’on songe à Raphaël Sorin, l’un des plus fameux éditeur en France, qui compare Houellebecq à Baudelaire. Les gens du métiers ont une mesure marchande, les universitaires ont eu de tout temps une posture méprisante et les plumitifs ont toujours beaucoup de morgue à opposer aux « nouveaux »….

  7. Avant de parler du billet en lui-même, une pique pour la tête de l’abbé: C’est parce que tu as lu beaucoup et que tout le monde s’en fout que tu demandes à longueur de com’ qu’on cite nos auteurs préférés ? Hey, mon volume préféré c’est « ma vie en rafales » de Eléna Joly (oui c’est de la merde). C’est bon, je peux en placer une, j’ai ton assentiment ?

    J’adore ce billet ! A chaque moment on a l’impression que l’auteur va trébucher sur sa rhétorique et se perdre, mais il s’accroche, retrouve le fil et comme dans un balancier infernal repart de plus belle de l’autre côté, au bord de la rupture. Puis ce mouvement s’atténue à chaque ligne et se fige en un dernier paragraphe magnifique ! Putain quelle prose ! Merci Babakar !

  8. Molser, Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en critiques… Avec vous on assez saute allégrement dans un moutonnement qui m’est familier …. Vous voilà hardi, avec l’assurance du naïf qui croit tout ce que l’époque lui chante. J’admire la subtilité de votre passage du « tout se vaut » à « tout ce veau! ».
    Si vous êtes trop naïf pour récuser 1) qu’il y a, ne vous en déplaise, plus de compétences chez Borgès que chez mon boucher en matière de littérature 2) qu’il y a de la littérature de gare, de la grande littérature, que l’oeuvre d’Orwell est inégale, qu’elle est de toute façon toujours supérieure aux auteurs les plus médiatisés aujourd’hui – en un mot si tout ça vous déplaît, je crois que vous chantez cet air d’époque très connu qui nivelle tout avec une constance qui vire à l’irrationnel…

    Bref je n’ai pas prétendu que j’avais beaucoup lu, que j’avais plus lu qu’ella et Axl. Je voulais mesurer quelles étaient leurs références littéraires.
    Manifestement vous devez être assez complexé pour déformer mon intention mon chéri …

    « Quand il n’est plus permis, par le respect du consensus spectaculaire, ou au moins par une volonté de gloriole spectaculaire, de dire vraiment ce à quoi l’on s’oppose, ou aussi bien ce que l’on approuve dans toutes ses conséquences ; mais où l’on rencontre souvent l’obligation de dissimuler un côté que l’on considère, pour quelque raison, comme dangereux dans ce que l’on est censé admettre, alors on pratique la désinformation ; comme par étourderie, ou comme par oubli, ou par prétendu faux raisonnement. Et par exemple, sur le terrain de la contestation après 1968, les récupérateurs incapables qui furent appelés « pro-situs » ont été les premiers désinformateurs, parce qu’ils dissimulaient autant que possible les manifestations pratiques à travers lesquelles s’était affirmée la critique qu’ils se flattaient d’adopter ; et, point gênés d’en affaiblir l’expression, ils ne citaient jamais rien ni personne, pour avoir l’air d’avoir eux-mêmes trouvé quelque chose. » (Commentaires sur la société du spectacle- Guy Debord)

  9. Ha, là il est vexé… Tu mesures sur l’échelle des références littéraires la valeur des commentaires de megaconnard ???

    Si j’ai des complexes (je ne suis pas le seul), j’ai au moins conscience du lieu et du moment. Toi, tu as pris trop de fixs de littérature dans la jugulaire et tu perds la mesure des choses. Et pour ce qui est de ton boucher, il a peut-être comme traits communs avec Borgès le conservatisme récurrent chez les petits commerçants et un avis nuancé sur les exactions de la junte militaire en argentine ? Ca devrait déjà donner à son avis critique une valeur assez élevée non ?

    Je te taquine. On dit troll maintenant.

  10. Je l’ai relu, par curiosité, parce que l’Abbé semblait tellement fan du billet (ou de l’auteur?) que je me demandais si je n’étais pas passé à coté de quelque chose.

    Et bien si.

    J’ai vraiment apprécié relire certains passage (d’autres moins) mais il est vrai que si tout l’article était au niveau (au niveau humour-style-tournures) de celui ci :

    « Alors malgré ta mine renfrognée, tes lèvres boudeuses, […] Le cœur titillé par la peine comme un nez enrhumé par les doigts de son propriétaire, j’écris ces quelques lignes. »

    Tu deviendrais un bloggeur que je suivrait avec attention

  11. J’ai visiblement écrit ce dernier commentaire avec mes pieds et avant mon café du matin.

    « On oublie la relecture, on change les phrases et tournures sans changer les accords ».

    On passera donc sur la forme pour se concentrer sur le fond voulez-vous ? 🙂

  12. « C’est dans de telles conditions que l’on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d’autant mieux venue qu’elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l’histoire universelle. Chacun peut surgir dans le spectacle afin de s’adonner publiquement, ou parfois pour s’être livré secrètement, à une activité complètement autre que la spécialité par laquelle il s’était d’abord fait connaître. » (Commentaires sur la société du spectacle-Guy Debord)

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