Pulp_Fiction_Wallpaper_by_Oshowom

Butez-les, tous.

Pulp_Fiction_Wallpaper_by_OshowomDétournez-les des valeurs et notions qui les définissent. Racontez-leur de nouvelles fables auxquelles croire, qu’ils fléchissent, qu’importe la bassesse. Balafrez cette essence, arrachez-les de la Nature. Edifier des villes, toujours plus grandes, plus hautes. Etouffez de goudron, tailladez la géosphère de routes, rasez l’or vert. Déshumanisez-les.

Assurez-vous d’amorcer la mécanique dès le plus jeune âge. Tuez la soif de découverte, l’âme créatrice et le dynamisme juvénile en réprimant de lourdes peines: dix, quinze, vingt années d’études, douze heures par jour s’il le faut. Renvoyez-les chez eux chargés de devoirs et de problèmes à résoudre. Enfermez la jeunesse dans des prisons éducatives, gonflez les effectifs, évaluez, contrôlez, notez. Mais avant tout, matez. Récompensez les plus dociles, écrasez les insurgés.

Aseptisez à outrance. Faites en sorte qu’ils empestent. Empoisonnez leur corps, leur monde, inversez la tendance. Le déodorant et le parfum flingueront leur odorat, le shampoing et le savon s’inscriront dans cette même lignée, mais tous deviendront la norme à suivre. Néfaste, la javel et son odeur devront devenir synonyme de propreté. Les effluves de la restauration rapide devront les faire bander. Dur.

Appropriez-vous l’espace, dans sa totalité. Laissez-les s’imaginer, l’instant d’une vie, qu’ils pourront à leur tour en posséder une parcelle, aussi infime soit-elle. D’eux-même, ils s’agglutineront dans des cages prévues à cet effet. Ceux qui auront de la hauteur défèqueront sur ceux qui en auront moins, à l’instar des élevages en batteries. Usez de crédits, faites en sorte qu’ils perdent leur vie à vouloir la gagner.

Erigez des banques, instruments de domination par excellence. Imprimez des billets, frappez de pièces, improvisez de l’argent virtuel. Inondez les marchés de ce cancer. Mondialisez. Spéculez. Atomisez. Puis laissez les prendre le relai. Laissez les courir derrière ce quelque chose qui n’existe pas, le prôner. Faites les travailler.

Encore. Encore. Et encore. Feintez l’emploi, le bonheur qu’il procure, l’utilité qu’il incarne. Qu’ils courbent l’échine de jour comme de nuit et emploient leur matière grise à nos fins exclusives. Instituez l’idée des vacances et de weekends, dupez-les. Qu’ils s’imaginent tutoyer la liberté, oublient qu’ils ne sont rien que du carburant pour la machine. Parquez-en sur les plages, entassez-en à la montagne, catapultez le reste aux quatre coins du monde. Qu’ils s’emboitent comme dans leurs chenilles de fer qui les mènent inlassablement à l’abattoir.

Au passage, appliquez la politique de la main basse et puisez dans leurs poches. N’hésitez pas à faire usage de dérivés tels que «cotisations sociales», «enseignement et recherche» ou «défense» et ce, afin de légitimer le geste. Utilisez cette manne pour mettre en scène les pires monstruosités contre le monde animal. Mieux encore, injecter ce capital dans le marché des armes. Qu’ils se tuent à la tache et tâchent leurs mains de sang.

Jouez la carte de l’altruisme. Commercialisez la mort par paquets de vingt ou bien 750ml. Engrangez des profits sur leurs cancers et leurs cirrhoses. Mais surtout – et cela peut paraître absurde, voire paradoxale – paternez-les: «fumer tue», «pour votre santé, évitez l’abus d’alcool», «ni trop gras, ni trop salé», «5 fruits et légumes par jour». Répétez-leur que vous les aimez, à coups de grandes baffes dans la gueule. La facette du criminel jumelée à celle du paternel seront les deux mâchoires d’un seul et même piège.

Apeurez-les. Plongez-les dans l’omniprésente angoisse – de l’autre, du monde, d’eux même – et qu’ils s’y noient, comme d’indésirables portées de chiots. Les médias, soyez-en sûrs, resteront votre meilleure arme de propagande pour mener à bien cette intention. Oubliez l’information, créez l’actualité. Déversez d’intenses et violents torrents de vacuités verbalisées. Orientez l’opinion. Incarnez l’économie de la réflexion. Détruisez massivement.

Implantez des fenêtres sur le monde dans chaque foyer, dans l’unique but de les asservir. Propagez des programmes mettant en exergue l’arriération mentale environnante. Faites en sorte qu’ils justifient l’existence d’un programme parce que ce dernier ne les oblige pas à réfléchir. Divertissez-les. Vendez du temps de cerveau disponible. Mâchez, puis sifflez-les pour l’heure de la becquée.

Appropriez-vous leurs codes sociaux, ponctionnez-les et infligez-les à volonté à travers un éventail monstre de marques. Faites de ces dernières des divinités face auxquelles il est nécessaire de poser le genou à terre. Mitraillez leur subconscient d’images commerciales leur dictant la marche à suivre. La vraie. Conceptualisez, produisez, vendez l’indispensable inutile. A chaque merde son emballage. Ne laissez aucune chance à l’être, prêchez l’avoir. Qu’ils finissent par clamer «je dépense, donc je suis».

Habillez le tout du drap de la religion. Polythéisme, monothéisme, animisme ou philosophie. Qu’importe le dogme, pourvu qu’il y ait l’emprise morale et intellectuelle. Promettez leur l’élévation suprême tout en les faisant se prosterner. Qu’ils rampent.  Insistez sur l’idée maîtresse qu’ils ne sont que péché. Garantissez-leur la vie éternelle, l’éveil ou la réincarnation valorisante sous réserve de conduite servile. Avec un minimum d’éloquence, de génie et de doigté, vous devriez pouvoir en faire une entreprise lucrative.

Ayez recours au vote. Donnez leur le sentiment de contrôler leur destinée, de pouvoir inverser le score, de s’impliquer dans la vie de la cité. Les urnes seront l’outil plébiscitaire  de leurs tortionnaires. Rendez les dépendants. Qu’ils s’imaginent qu’une poignée d’hommes les accompagnent, les guident, les sauvent de situations qu’ils ont eux-même causé.

 

Butez-les, tous.

 

Ps: Une fois ces objectifs remplis, pensez bien à éteindre la lumière, refermez la porte et butez-vous, car pour sûr, vous ne valez pas mieux qu’eux.

3 commentaires

  1. Et sinon, ce régime vegan, ça se passe bien ? T’as oublié « donnez-leur des fenêtres d’expression virtuelles où ils pourront s’exprimer sous contrôle en subissant les commentaires goguenards de leurs con-temporains ».

    Plus sérieusement, très bon article. Mais, et il y a toujours un mais, comment espérer un changement d’attitude quelconque sans une diffusion de la connaissance ? Quelle alternative à l’éducation ? Ou alors une autre éducation ? Toi-même, qui semble assez cultivé et aiguisé (sans ironie), d’où te vient cette conscience des dérives de la société de consommation. Il ne peut pas s’agir que d’observation puisque sans point de référence l’observation ne permet pas la critique. Donc tu l’as appris quelque part et comme moi je pense que l’éducation a été le déclencheur de ta soif de savoir et de comprendre. Même si le constat est assez noir, niet tovaritch ?

  2. Le régime se passe bien, j’entame là troisième perfusion de la journée. Merci.
    La liste est, tu t’en doutes, non-exhaustive.

    Je suis bien évidemment pour la diffusion de la connaissance et l’éducation.
    Je « remercie » l’éducation nationale pour m’avoir « appris » à lire, écrire et compter (même si je frôle l’autisme face à une division à deux chiffres), pas le reste.

    Entre ces murs, j’y ai croisé plus de mômes détruits – par des profs, des parents, d’autres élèves, la compétition, des désillusions, … – que des esprits libres en quêtes de conscience et d’évolution (de quelque forme que ce soit).

    Lorsque je ne lisais ni livres ni presse, bon nombre de personnes me répétaient couramment que je n’avais pas de référence pour appuyer mes propos. Quand j’ai commencé à me plonger dans les livres, de tous horizons, on m’a reproché de parler comme un livre. J’en viens à croire que l’éducation se construit autant aux travers de livres que d’expériences personnelles ou rapportées, et bien d’autres choses encore. Tout est éducation. De Toto aux commodités à Schopenhauer.

    « D’où te vient cette conscience des dérives de la société de consommation ? » Bonne question. Je pense que l’ennui mortel et l’incessant combat contre le sommeil qui ont rythmé ces longues journées de cours n’y sont pas pour rien. Je pense avoir flairé le truc. Il m’a fallut, comme beaucoup de mômes, compenser. Parfois tardivement. Donc on peut dire, en quelque sorte, que l’éducation nationale fut un déclencheur. A l’opposé de ses véritables objectifs.

    Pour la faire courte (…), disons que je me retrouve, entre autres, parfaitement entre les lignes d’Alexander Niell, le christianisme et les idées arrêtées sur l’homosexualité en moins.

    Niet niet.

    Bonne journée !

  3. Grâce à ta référence à Neill (dont je ne connais que peu de choses), je comprends mieux ton cheminement. Nous sommes fait de frustrations, ce que Niell traitait par l’application de la liberté totale jusqu’à « épuisement de l’intérêt ». La disparation des frustrations chez ses élèves les amenait aux cours et aux ateliers sans contraintes et donc au meilleur d’eux-mêmes.

    C’est nos frustrations qui sont travaillées au fer rouge, entretenues et même créées de toutes pièces. Et tu as donc achtement raison dans ta critique.

    Mais si nous sommes tous plus ou moins conscients de cet état de fait, j’ai peur que les volontaires pour sortir du troupeau soient une denrée rare.

    En tout cas, un billet que j’ai particulièrement apprécié (Par rapport au dernier où tu m’enculais je veux dire ;-p).

    Merci mec et bonne journée à toi aussi.

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